En Corée du Sud, lorsque les salariés se mettent en grève, ils risquent leurs salaires et même leurs emplois. Les grands patrons réclament des sommes exorbitantes aux syndicats pour avoir fait la grève. Pas facile d’exercer ses droits dans ces conditions…

La guerre est déclarée !

Depuis Décembre 2013, le pays est en proie à de fortes tensions sociales qui opposent les patrons aux syndicats. A l’origine de ces tensions se trouve la décision du gouvernement de déléguer à une société privée la gestion d’une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse. Alors que le Gouvernement avait promis de ne pas privatiser l’opérateur public de réseau ferroviaire, les syndicats crient à la privatisation alors que les pouvoirs publics expliquent vouloir simplement augmenter la compétitivité.

En réaction, le syndicat KCTU (Confédération coréenne des syndicats – 690 000 membres) déclare la grève pour protester et plus de 8 700 employés sur 35 000 se mobilisent. Seulement, la loi sud-coréenne autorise les entreprises à réclamer des sommes faramineuses aux grévistes et aux syndicats à titre de dommages et intérêts pour avoir fait grève.

La vengeance des patrons

Les entreprises, soutenues par l’Etat, procèdent alors à des saisies provisionnelles au titre de ces « intérêts ». Une fois les sommes à rembourser fixées, les individus se font saisir leurs salaires et leurs biens si le dû n’est pas payé, ce qui risque de mettre en péril leurs vies. Pire encore, les salariés prenant part à ces manifestations auraient été menacés de licenciements et les autorités des entreprises intentent des procès aux syndicalistes.

La saisie imposée aux membres des syndicats de KCTU s’élève par exemple à 100 milliards de wons (environ 67,5 millions d’euros). Et l’histoire se répète. Depuis 2010, la direction d’une usine de semi-conducteurs réclame aux syndicats 15,6 milliards de wons (10,5 millions d’euros) pour avoir fait la grève contre une restructuration.

Quelles solutions possibles ?

Tel David contre Goliath, les salariés essayent de s’organiser pour lutter contre ces géants. Des universitaires, des ONG se mobilisent et une organisation a été créée pour soutenir ces salariés. Cette dernière, Sonjapgo (littéralement « main dans la main »), a collecté auprès de la population, au prix d’un effort collectif, les sommes nécessaires au paiement de ces « dommages et intérêts ». Elle mène aujourd’hui une campagne de sensibilisation à travers les médias (articles de presse, films, “flashmobs”,…).
L’organisation clame la nécessité de changer la loi et la jurisprudence pour que les choses changent, mais se faire entendre et dialoguer avec les pouvoirs publics relève de l’impossible.

 

Quelles possibilités reste-il à la société civile quand les directions des entreprises et le politique se font complices ? Dans ce combat aux forces inégales, les salariés se sentent piégés, les syndicats sans arme pour contre attaquer.
Au pays du matin frais, les tensions ne sont pas prêtes de s’estomper. Les syndicats comptent bien se battre pour faire valoir leurs droits tant que la loi ne sera pas modifiée.

 

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