La « Revue française de socio-économie » consacre son dernier numéro* au marché du crédit à la consommation. Un ouvrage intéressant, et qui rappelle tout d’abord le rôle du crédit dans le financement de l’économie.

L’image des banques et des établissements de crédits traditionnels s’est certes considérablement dégradée ces dernières années. Cette détérioration s’explique notamment par des pratiques commerciales parfois abusives. Mais il parait sain de rappeler aujourd’hui, comme le fait cet ouvrage, que « le crédit à la consommation est nécessaire à la croissance (…). Il n’y a pas de mauvais crédit en soi. Le mauvais crédit, c’est le crédit inadapté à la dépense à laquelle il est censé faire face. Cette inadaptation trouve sa source chez l’emprunteur et/ou l’établissement prêteur ».

Deux passages de cet ouvrage sont particulièrement marquants.

1- Le crédit revolving, le vilain petit canard du crédit consommation.

Dans le premier passage que nous abordons dans ce post, les auteurs caractérisent le crédit revolving de crédit « mauvais en soi ». C’est même le titre que donne l’un des auteurs, Hélène Ducourant, à l’un des principaux articles de l’ouvrage ! Rarement des textes d’experts auront utilisé des mots aussi forts et sans équivoque.

Cependant, malgré une image ternie, les établissements de crédit ne sont sans doute pas prêts à l’abandonner au profit d’un crédit plus responsable, car le crédit revolving reste l’un des produits à plus forte rentabilité.

En effet, le crédit revolving bénéficie d’un taux d’usure largement supérieur à celui du prêt personnel… sur le deuxième trimestre 2012 on remarque que le taux d’usure d’un « crédit renouvelable » entre 3 000 et 6 000 euros est de 17.15%. Pour la même somme, le taux d’usure du « prêt personnel » est de 13.27% ! On comprend pourquoi les établissements de crédit ont tendance à proposer le crédit renouvelable plutôt que le prêt personnel

2- Le rôle du législateur, innovation ou sécurité ?

Ce qui nous amène au rôle du législateur (l’Etat). En effet, c’est lui qui fixe les taux d’usure via la Banque de France. De même, c’est encore lui qui décide des organismes qui ont le « droit » de distribuer le crédit.

Ainsi, le deuxième passage marquant de l’ouvrage évoqué plus haut est celui qui détaille le parcours du combattant de la Banque Postale pour obtenir son agrément d’établissement de crédit à la consommation. L’entrée de cet acteur sur le marché du crédit à la consommation est récente, et les auteurs font remonter à 1982 (!) le début des démarches qui ont abouti à l’obtention de cet agrément, initialement refusé par le Ministère de l’économie et des finances…

Il est évidemment nécessaire de voir le marché du crédit régulé par une autorité indépendante. En effet, sans parler des marchés étrangers, il suffit de voir le nombre de propositions alléchantes que certains « particuliers » font sur le web… et qui sont en fait des arnaques.

Ainsi, chaque fois qu’une personne demande un prêt, il faut qu’elle vérifie systématiquement que l’organisme prêteur est bien inscrit au registre des agents financiers Regafi.

Malheureusement, cette barrière à l’entrée, si elle est rassurante pour le consommateur, favorise aussi une certaine consanguinité du marché du financement aux particuliers. A l’image du marché de la téléphonie mobile, les marges réalisées sur les produits distribuées et plus encore le modèle de distribution de ces produits (se référer au point précédent sur le crédit renouvelable) ne vont pas forcément dans le sens du consommateur.

Peur de la nouveauté, excès de conservatisme ou protection d’un monopole de la part des autorités financières ?

L’intérêt du régulateur indépendant dans un marché aussi complexe que le crédit consommation n’est plus à prouver. Maintenant, la crise financière qui secoue les marchés depuis 2008 rebat les cartes. De plus en plus de nouveaux acteurs émergent dans le secteur des services financiers (leetchi.com, pret-dunion.fr, flouss.com, babeldoor.com et on pourrait en citer tellement !), et il faudra bien que la Banque de France accompagne cette évolution indispensable d’un secteur pour l’instant trop hermétique au changement et à la concurrence !

* « Crédit à la consommation, une histoire qui dure », Revue française de socio-économie, 1er semestre 2012. Aux éditions de La Découverte.

3 réflexions sur “ Près de 30 années nécessaires pour obtenir l’agrément d’Etablissement de crédit ! ”

  1. C’est bien gentil de proposer d’investir,mais encore une fois c’est réservé aux professionnels de la finance quand on voit les 2 conditions à réunir sur trois pour etre éligible! Qu’en pensez vous?

    1. @sebb, en pense que du bien 😉 Quels sont les freins qui motivent votre remarque ? et surtout quel rapport avec avec la finance pro ? ne parle-t-on pas de « peer to peer » intelligent ? A propos des annexes éligibles la motivation de votre démarche n’a pu aboutir sur quels détails / conditions ?
      A+ benji

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